divendres, 26 de desembre de 2008

Jeff Koons, la pornografía, i els hereus de la corona (de Liberation)

Culture 26 déc. 6h51

L’expo Jeff Koons couronnée au château de Versailles

Analyse

Le tribunal administratif a débouté mercredi le «descendant direct» de Louis XIV qui portait plainte pour «profanation» et «pornographie».

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Vincent Noce

"Michael Jackson and Bubbles", une des oeuvres de Jeff Koons exposées au chateau de Versailles. (Benoit Tessier / Reuters)

Ce n’était pas encore l’appel de Clermont (1), mais pas loin. Posant en représentant moral de Louis XIV en tant que «descendant direct», le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme a demandé l’interdiction de l’exposition «pornographique» de Jeff Koons défigurant, selon lui, le château de Versailles. Mercredi soir, le tribunal administratif de Versailles, dans une décision fortement motivée, lui a récusé toute légitimité. Le juge des référés a notamment estimé que «l’exposition ne portait pas atteinte au respect de la vie privée et familiale des visiteurs et de leurs enfants». Président de l’établissement et promoteur de cette exposition qui fit grand bruit, Jean-Jacques Aillagon s’est félicité d’une décision qui renvoie les roitelets sinon à la guillotine, du moins aux oubliettes de l’Histoire. «Admettre un droit de regard des familles royales ou aristocratiques sur le patrimoine serait revenu à proclamer que la Révolution n’a pas eu lieu», nous a-t-il déclaré.

Pin-up. Oubliant combien le château et le parc avaient été d’abord un lieu de plaisirs et de libertinage, Charles-Emmanuel avait engagé un recours pour «profanation» d’un lieu sacré et «atteinte au respect des morts», requérant un tribunal de la République de reconnaître «le droit immémorial au respect de ses aïeux, sans profanation de ses ancêtres», et «le droit d’accéder à la connaissance du patrimoine sans contrainte pornographique». Il se disait notamment choqué par la pin-up enlacée d’une panthère rose, ainsi que par une légende de Koons comparant les fleurs du bouquet dans la chambre de Marie-Antoinette à autant de culs. Il a été aussi chagriné par le buste de son ancêtre, sculpté non dans le marbre, mais dans un «matériau prolétaire»… Le timing princier était pour le moins surprenant, l’exposition censée se terminer le 14 décembre. En fait, Aillagon a décidé de prolonger l’événement révolutionnaire jusqu’au 4 janvier. Le prince de Bourbon-Parme aurait cédé à la pression de représentants de sa famille pour un geste symbolique. Il n’aurait pu rendre meilleur service à l’exposition, dans la mesure où il a réussi à relancer l’intérêt médiatique pour les dernières semaines de la présentation honnie.

Excités. Le président de Versailles ne peut que se féliciter d’avoir été surtout la cible d’une poignée d’excités de l’extrême droite (Libération du 26 août). Une centaine d’entre eux avait ensuite manifesté devant la grille le jour du vernissage, le 10 septembre. En revanche, l’exposition, montrant pour la première fois le célébrissime artiste américain en France, a eu un accueil critique favorable, voire dithyrambique sous la plume de Philippe Dagen, le chroniqueur du Monde. Et le château annonce 15 % de hausse des entrées par rapport à la même période l’an dernier, ayant reçu 500 000 visiteurs, partagés entre amusement et perplexité devant les 17 œuvres monumentales disséminées dans les appartements royaux et les jardins.

(1) Le 27 novembre 1095, Urbain II lançait la première croisade.

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